Louis XV à Metz par Pierre Brasme

LOUIS XV à METZ en 1744 : Le roy se meurt

CR Michel Marchand d’après la conférence de Pierre Brasme donnée à l’IMRA le 9 juin 2011.

Rappelons que Pierre Brasme est l’auteur, parmi bien d’autres ouvrages, d’un livre consacré aux visites des souverains et chefs d’état français à Metz : Quand Metz reçoit la France. Ed. des Paraiges, 2011, suivi en 2012, chez le même éditeur, de Le Roy se meurt… Louis XV à Metz (août-septembre 1744).

 

Louis XV, malgré les réticences du vieux cardinal de Fleury, avait cédé au parti de la guerre représenté notamment par le maréchal de Belle-Isle, et entamé la guerre de Succession d’Autriche. Celle-ci avait bien commencé mais avait mal tourné, Belle-Isle devant ramener en catastrophe l’armée française piégée à Prague. Louis XV avait porté la guerre dans les Flandres contre l’Angleterre. Le 8 juin 1744, il s’était rendu lui-même à Lille avec sa maîtresse Marie-Anne de Mailly-Nesle, marquise de la Tournelle, duchesse de Châteauroux, protégée du duc de Richelieu. Entre temps, les Impériaux avaient envahi l’Alsace sous la conduite du duc Charles V de Lorraine, qui cherchait à reprendre ses Etats, et menaçaient la Lorraine. Louis XV avait alors décidé de rejoindre l’armée d’Alsace pour leur faire face, en passant par Verdun et par Metz. Le 4 août au matin il arrive à Metz, simple étape où il ne devait rester que quelques jours avant de gagner Lunéville et Saint-Dié, le temps d’inspecter troupes et fortifications.

La ville a cependant voulu fêter somptueusement son entrée, comme elle l’avait fait pour les souverains précédents, notamment Charles IX (1569), Henri IV (1603) et Louis XIII (1631). Venant de Verdun, où est venu le chercher l’intendant De Creil, il arrive par Moulins où on tire des feux d’artifices. Il passe en revue la milice bourgeoise déployée dans la plaine du Ban-Saint-Martin. À la porte de France, il est accueilli par 2 corps de cadets : 150 jeunes messins de 9-10 ans sous la conduite du fils du grand bailli de Metz, et 253 cadets de 20 à 25 ans. Le maréchal de Belle-Isle l’y attend ainsi que le premier échevin Pierre Simon qui lui remet les clés de la ville, et la milice de Nancy envoyée par son beau-père Stanislas. La Mutte carillonne, et cent canons tirent des salves. Des arcs de triomphe ont été dressés. Des fontaines offrent du vin. Le roi est accompagné du comte de Noailles, du duc de Villeroi et de l’évêque de Soissons le duc de Fitz-James, son grand aumônier. Le roi est reçu à la cathédrale par l’évêque Claude de Saint-Simon, les chanoines et les curés des paroisses messines. Il est logé au premier étage de l’hôtel du gouverneur (à l’emplacement du palais de justice actuel). Une passerelle en bois permet de relier sa chambre à celle de sa maîtresse, logée dans l’abbaye Saint-Arnoul avec sa sœur Diane-Adelaïde, duchesse de Lauragais, qui avait eu elle aussi les faveurs du roi. Le lendemain, le roi assiste à la messe à Saint-Arnoul en présence des abbés des quatre monastères bénédictins de Metz, puis reçoit les membres du parlement de Metz. Le 6 aout tandis que Noailles précède le roi pour aller rejoindre l’armée du Rhin, Louis XV accueille la communauté juive puis inspecte les fortifications de la ville. Le 7 août il visite les casernes et la fabrique d’armes près de la porte Saint-Thiébault. Son départ est prévu le lendemain.

Mais dans la nuit du 7 au 8 août, il tombe malade, et sa maladie empire au point qu’on craint une issue fatale (en fait le roi souffre d’une forte fièvre, d’une grande paresse intestinale et de maux de tête violents, dus à la fatigue, à ses excès physiques et peut-être à une insolation). On prie partout dans le royaume, et les princes, les courtisans, les ministres, les ambassadeurs étrangers affluent à Metz. Le parti dévot (hostile à Madame de Châteauroux) va profiter de l’occasion pour reprendre son influence sur le roi. Le 13, pour recevoir les derniers sacrements, Louis XV a dû promettre de se séparer de sa maîtresse et de faire repentance. Le roi prie la duchesse de Châteauroux de quitte Metz avec sa sœur pour se réfugier à Autun, ce qui lui permet de recevoir le pardon de l’Eglise et les derniers sacrements.

Le 17 août le dauphin Louis-Ferdinand (âgé de 14 ans), arrive avec son précepteur, devançant la reine Marie Leczinska, bien qu’il ait reçu ordre de rester éloigné de Metz (il devra attendre plusieurs jours avant d’être reçu par son père). Cependant la santé du roi s’améliore rapidement, sans doute grâce à un remède (une sorte d’élixir) que lui a fait ingurgiter Alexandre de Montcharvaux, un chirurgien major messin. Le 25 août, on célèbre sa guérison à Saint-Arnoul, puis dans l’église des Jésuites (actuellement l’église Notre-Dame), où, en présence de la reine, du dauphin et de ses sœurs Henriette et Adélaïde, l’abbé Josset, chanoine de la cathédrale, le qualifie pour la première fois de « Bien Aimé ». Des nombreuses festivités ont lieu en l’honneur de la guérison du roi, notamment de la part des mousquetaires noirs au château de Courcelles à Montigny, et des mousquetaires gris à Borny. Guéri, le roi se montre : le 13 septembre, il se rend au château de Frescaty. Le 27, il assiste à un Te Deum à la cathédrale. Le 28, il quitte Metz. Entre temps, les Impériaux ont quitté l’Alsace dans la nuit du 23 au 24 sans que le maréchal de Noailles ait cherché à les poursuivre, ce qui mécontentera Fréderic II de Prusse, allié de la France.

Le roi se rend à Nancy puis à Lunéville auprès du roi Stanislas, puis à Strasbourg avant de rejoindre l’armée au siège de Fribourg-en-Brisgau, qui capitule le 6 novembre. Il rentre à Versailles le 19, non sans avoir puni les responsables de ce qu’il considère comme une humiliation, presque comme un crime de lèse-majesté, à commencer par l’évêque de Soissons, exilé en son diocèse. Il veut faire revenir sa maîtresse mais elle meurt (peut-être d’une atteinte au cerveau), âgée seulement de 27 ans. Quelques mois plus tard, Louis XV s’éprend de la Pompadour…

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