BARTHELEMY BOMPARD, MAIRE DE METZ ET « CHATELAIN » DE VOLKRANGE

BARTHELEMY BOMPARD, MAIRE DE METZ ET « CHATELAIN » DE VOLKRANGE

Texte et photographies : Michel Marchand (IMRA-HPL)

Un maire mal aimé.

Barthelemy Bompard était né à Châtenois dans les Vosges en 1784 où son père qui se prénommait également Barthelemy était venu s’installer quittant le berceau de la famille dans les Hautes Alpes2 .En 1806, le futur maire était venu s’installer à Metz où il avait fondé un commerce de vêtements et tissus qui avait prospéré. Il s’était marié en 1814 avec Joséphine Savouret qui lui donna 4 enfants. Il occupe une place de premier plan dans la bourgeoisie économique de Metz sous la Restauration : Dès 1816, il siège comme juge au tribunal de commerce dont il deviendra président en 1831. Il est aussi choisi comme président de la chambre de commerce en 1829. Politiquement Il s’inscrivait dans  le mouvement libéral qui réunissait une grande partie de la bourgeoisie messine contre le maire légitimiste en place depuis 1816, Monsieur de Turmel. Il contribua à la création du comité constitutionnel de Metz qui tenta de s’opposer en 1827 à un nouveau mandat de Turmel à la chambre des députés et structura l’opposition. Après la révolution de juillet 1830 et l’avènement de Louis Philippe d’Orléans, Turmel démissionnant sous la pression de la foule, le  1er aout, le comité constitutionnel imposa un nouveau pouvoir  à la mairie : Emile Bouchotte fut nommé maire à titre provisoire, mais son activisme révolutionnaire l’opposa au nouveau préfet, le baron Sers (préfet de Metz de 1830 à 1838), plutôt conservateur3. Assez vite , à Metz comme à Paris,  aux partisans de changements profonds dans la société suspectés de vouloir imposer une « monarchie républicaine » qualifiés de « parti du mouvement» s’opposa un «  parti de l’ordre » satisfait des aménagements proposés par Louis-Philippe et désireux de mettre fin à l’agitation. Barthelemy Bompard  en fut l’un des organisateurs à Metz, participant à la création du journal l’Indépendant de la Moselle pour contrer le journal républicain Le Courrier de Moselle et le journal légitimiste La Gazette de Metz. Ce journal devint vite l’organe de la préfecture. Le préfet  obtint la révocation de Bouchotte en avril 1831 grâce à  l’arrivée à Paris, à la tête du gouvernement,  de l’énergique banquier Casimir-Perier qui s’employa à rétablir l’ordre en France et à juguler les velléités de poursuivre la révolution. Le baron Sers proposa alors la nomination comme maire de  Pierre Joseph Chedeaux, industriel, président du tribunal de commerce, qui avait dirigé brièvement la municipalité pendant les 100 jours de 1815. Cette nomination fut plutôt mal accueillie et Chedeaux en butte à une forte opposition au conseil municipal se déchargea vite de ses fonctions sur son ami et collègue Barthelemy Bompard, entré au conseil municipal en octobre 1830. Ce fut encore plus vrai lorsque Chedeaux fut élu député et partit siéger à Paris. Chedeaux, étant décédé à Paris le 13 avril 1832, victime de l’épidémie de choléra,  qui emporta aussi Casimir-Perier, Bompard fut désigné officiellement maire de Metz en juin 1832, à 48 ans,

La situation à Metz était loin d’être calme. Les membres de la bourgeoisie libérale, les officiers et élèves de l’école d’application du génie et d’artillerie, les soldats de la garnison, largement gagnés aux idées républicaines ou bonapartistes,  entretiennent un climat de tension marqué par de nombreuses manifestations même après que « le parti de l’ordre » l’ait emporté aux premières élections municipales en septembre 1831. Les chefs du parti du mouvement : Bouchotte et l’avocat Woirhaye ne désarment pas pour autant au conseil municipal.  L’anticléricalisme renait en force.   Lorsque Bompard avait reçu la légion d’honneur en tant qu’adjoint en mai 1831, il y avait déjà eu des manifestations hostiles contre lui et le maire Chedeaux, cette décoration apparaissant comme le prix de son ralliement au parti de l’ordre (ou de la résistance).

En outre à son arrivée en fonction, Bompard rencontre une situation dramatique avec la grande  épidémie de choléra qui n’épargne pas Metz, faisant plus de  800 victimes en 3 mois.  Il y fait face avec  sang-froid et énergie organisant l’assistance aux malades qu’il va visiter personnellement, assurant leur hébergement,  confiant la coordination de la lutte contre l’épidémie à 2 jeunes médecins Felix Marechal et Henri Scoutetten, bien qu’ils appartiennent au « parti du mouvement ».

Cependant  ameutée par les Républicains, la population ne lui en sera guère reconnaissante. Lorsque le ravitaillement avait commencé à devenir problématique, Bompard avait décidé une augmentation du prix du pain qui avait déclenché de véritables émeutes en juin 1832. Des magasins ont été pillés ou saccagés avant que le maire organise l’achat de blé en Allemagne et revienne sur l’augmentation du prix du pain. 110 émeutiers avaient été interpellés et 5 seront condamnés à de lourdes peines. Même s’il avait pris l’initiative de réunir des fonds, puisant largement dans sa fortune personnelle pour faire venir du blé d’Allemagne et rabaisser le prix du pain, c’est le premier épisode qu’on retiendra.   En outre, les tribunaux vont condamner la municipalité à verser 150 000 F pour indemniser  les victimes des dégâts.  Bompard proposant une taxe additionnelle il se heurtera à une très forte opposition du conseil municipal, qui souhaitait plutôt une contribution exceptionnelle tenant compte des moyens de chacun, même si le ministère lui donnera raison.  L’interdiction d’une pièce jugée subversive, « l’Incendiaire », mettant en scène un archevêque criminel, déclenche une véritable émeute jusque sous ses fenêtres au 10 de la rue des Clercs4 en février 1833.   Mollement soutenu par le préfet Sers et par le conseil municipal, Bompard démissionne en aout 1833 reprenant sa place au tribunal de commerce. Il est élu cependant  au conseil général de la Moselle en 18345. A la tête de la municipalité, Il s’avère très difficile de lui trouver un successeur, les élections de novembre 1834 ayant renforcé l’opposition et après une succession de maires provisoires à la tête de la municipalité6, il accepte à la demande des conseillers municipaux de reprendre sa place de maire en avril 1835.  Cependant le mouvement républicain s’essouffle, les lois de 1835 sur la presse ramènent la censure.  En novembre 1837 Bompard est élu député contre le républicain Genot7.   Mais au conseil municipal on critique son autoritarisme et son conservatisme.  En 1838, il entre en conflit avec le colonel François, chef de la garde nationale à Metz qui a favorisé une pétition réclamant le droit de vote pour tous les gardes nationaux. Alors que l’opposition l’accuse d’avoir utilisé des policiers municipaux à des fins électorales,  Bompard accuse le colonel de pressions sur les membres de la garde nationale pour leur faire signer la pétition. Les chefs de la garde nationale outrés refusent de l’accompagner pour se présenter au nouveau préfet, successeur du baron Sers. Le ministère de l’intérieur dissout la  garde nationale ce qui ne fait qu’accroitre l’impopularité du maire8. Aux élections de 1839, il perd son siège de député, battu par le président de la cour royale de Metz, Charpentier. Violemment attaqué par le républicain Billaudel, lors d’un débat sur la reconstitution de la garde nationale, il décide alors d’abandonner son poste de maire en mai 1839 tout en restant au conseil municipal. Après un bref intérim son successeur à la mairie sera le baron Dufour (décembre 1839- mars 1842).

Bompard aura été un maire peu apprécié, laissant une image négative. Metz n’a donné son nom à aucune rue. Pourtant  le bilan de ces 8 années où il aura été avec quelques   interruptions le premier magistrat de la cité n’est pas si négatif. Le rôle militaire de Metz est conforté avec l’édification de nouvelles casernes (caserne du génie sur les ruines de la citadelle) et des locaux de l‘école d’application du génie et de l’artillerie (aux dépens de l’ex-abbaye saint Arnould). Une école primaire supérieure a été créée en 1833 pour préparer les jeunes gens au commerce et à l’industrie, complétant un équipement en matière d’éducation déjà exceptionnel par rapport aux autres villes de province9.  On peut aussi mentionner la création en 1839 du musée de Metz dans l’ancienne église des Carmes déchaussés.

Le « châtelain » de Volkrange

Barthelemy Bompard se retire de la vie politique, après avoir été de nouveau battu comme conseiller général dans le 1er canton de Metz en 1842 par son ennemi Billaudel et avoir échoué à la députation face au commandant Ardant, gendre du baron Dufour, son successeur à la mairie10. Il se retire près de Thionville où il a acheté en 1840 le château et le domaine de  Volkrange, petite localité dont il deviendra tout de même conseiller municipal puis maire de 1857 à 1863. Il y meurt en 1867, âgé de 83 ans11.

Le petit village de Volkrange se situe à 5 km de Thionville sur une hauteur, à la limite de la forêt.  Il a été rattaché à la commune de Thionville en 1969, date à laquelle il comptait avec ses écarts un millier d’habitants. Volkrange est surtout connu pour son château  et son beau parc de 30 ha. Encore entouré de douves, et ayant conservé 2 tours, un petit château d’aspect médiéval rappelle la construction d’un château-fort avec pont-levis par Arnoux II de Volkrange, petit seigneur au service d’Ermesinde, comtesse de Luxembourg de 1197 à 1247. Une belle (mais triste) histoire est attachée à ce lieu. Arnoux II partit en croisade en 1249 avec un jeune chevalier Guerlach de Neuerbourg qu’il avait choisi comme fiancé de sa fille Irmengarde. Ils revinrent de croisade mais malheureusement Guerlach y avait contracté la lèpre. Il s’isola dans un ermitage sur la colline saint Michel où il vécut 10 ans. Désespérée, Irmengarde se retira dans un couvent. Comme beaucoup de seigneuries, Volkrange passa entre les mains de nombreuses familles et subit de multiples partages. En 1542-1558 on signale les travaux menés par Adam de Volkrange pour moderniser les défenses de Thionville.  Le duché de Luxembourg fait alors partie des possessions de l‘empereur Charles Quint puis après son abdication en 1555, du roi d’Espagne Philippe II. Le château n’échappa pas aux destructions provoquées par les guerres : il fut en grande partie détruit pendant les combats de la guerre de trente Ans autour de Thionville. En 1639, les troupes françaises dirigées par le gouverneur de Verdun  attaquèrent Thionville. Elles furent repoussées, laissant 6000 hommes sur le terrain , par Ottavio Piccolomini (1599-1666), général d’origine toscane au service des Habsbourgs, ancien proche du plus célèbre condottiere de l’époque Albrecht von Wallenstein (1583-1634), dont il avait commandé la garde personnelle12. Le roi d’Espagne Philippe IV récompensa Piccolomini en le faisant duc d’Amalfi et il finit sa carrière militaire comme généralissime des armées impériale.  Mais en 1643 le jeune duc d’Enghien, Louis II de Bourbon-Condé dont l’histoire a fait le Grand Condé, futur vainqueur des Espagnols à Rocroi réussit à la tête des troupes françaises à prendre Thionville après un siège de mai à septembre. Occupée par les Français, Thionville fut annexée définitivement par la France aux dépens de l’Espagne grâce à la paix des Pyrénées en 1659.

Jean III de Pouilly (1621-1707) devenu propriétaire par achat d’une part du château entreprit de le relever en 1671. Des modifications furent encore apportées au XVIIIe siècle, le château passant par le mariage de Marie Christine de Pouilly, fille de François Isaïe de Pouilly (1652-1721)  avec le baron Charles François du Mesnil, dans cette famille d’officiers au service de l’empereur originaires de la Belgique actuelle.   Les Du Mesnil s’apparentèrent aux importantes familles de la région. Frederic-Charles (1730-1812), épousa Agnes Henriette de Gargan (1750-1781). Il a  fait construire un pigeonnier et des écuries.  Leur fille unique Barbe Constance (1777-1851) se marie à Volkrange en 1801 avec Antoine François de Nonancourt, membre des états provinciaux de Luxembourg, ancien officier de cavalerie, maitre de forges. Il meurt prématurément en 1833. Sa veuve chargée d’enfants, criblée de dettes vendit en 1840 le château et le domaine de Volkrange pour 180 000 F à Barthelemy Bompard.

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Barthelemy  s’emploie à transformer son domaine. Il fait bâtir  un nouveau logis dans un style XVIIIe siècle  et aménager une chapelle de style néo-roman dans le rez de chaussée du vieux château.  Il meurt à Volkrange en 1867 mais est enterré à Metz. Il a aussi financé la reconstruction partielle de la vieille église saint Jean Baptiste du XVe siècle comme en témoigne l’inscription au-dessus du portail, rappelant la générosité de la famille Bompard avec la date 186712.

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inscription du portail de l’église

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Le nouveau logis

Le domaine est passé après sa mort entre les mains de ses filles :  Delphine Nicole (1815-1874) , mariée à Pierre Barthelemy Magnin  , banquier à Saint-Dizier, peut-être un cousin , puis Victorine (1826-1892) , mariée à Jules Marchal (1805-1896), notaire,  et ensuite de leur fils survivant : René Barthelemy Marchal (1850-1902) , secrétaire d’ambassade, mort et enterré lui-aussi à Volkrange, sans successeur.  Volkrange revient alors en 1902 à ses cousins les deux derniers fils de Victor-Louis, le fils ainé de Barthelemy Bompard : Octave  Bompard, puis à sa mort en 1913, Jules Bompard (1863-1944), administrateur de sociétés, enfin à la fille de celui-ci Nicole (1896-1981) ,mariée à un grand avocat parisien, Roger Dufourmantelle, avocat à la cour de cassation et au conseil d’état. Elle décidera de s’en défaire en  1952, le domaine étant racheté par les frères du Sacré Coeur. En 1996 ceux-ci le revendent à la mairie de Thionville. Un parc public est créé, Une société des amis du vieux château de Volkrange gère le site. Le logis de maitre bâti par Bompard est devenu un hôtel 4 étoiles.

Quatre tombes, Une famille de notables

La généalogie de la famille Bompard peut être matérialisée grâce aux tombes réparties entre le vieux cimetière du village de Volkrange, entourant l’église et le carré historique du cimetière de l’est à Metz

Le  caveau familial attenant à l‘église de Volkrange,  récemment restaurée par la ville de Thionville et le conseil général  de la Moselle présente un remarquable décor floral de céramique dans le style Art nouveau sans doute dû à l’initiative d’un descendant du maire.  4 tombes de pierre blanche simplement ornées d’une croix ont recueilli les restes de l’épouse de  Barthelemy Bompard : Joséphine Savouret (1795-1872), décédée 5 ans après lui,  de leurs 2 filles Delphine Nicole et Victorine qui ont possédé le château, des époux de celles-ci et des enfants de Victorine:   Adrien Marchal (1848-1869), René Barthelemy Marchal (1850-1902) et sans doute Henri Marchal (1865-1870).

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Le monument funéraire de la famille Bompard à Volkrange.

Un groupe de 3 tombes au cimetière de l’est à Metz sur l’axe principal du carré historique  se rattache à Barthelemy Bompard et apporte un éclairage sur l’ancrage de la famille.   Sur une tombe de style néo-classique en forme de sarcophage hellénistique sans aucune référence religieuse,  ornée seulement d’un sablier ailé gravé,  une plaque est consacrée au maire de Metz, déclinant les fonctions qu’il a occupées et à son frère « Ives » Louis Victor.

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Ives Louis Victor, plus jeune que Barthelemy  de 6 ans, né comme lui à Chatenois, l’a suivi à Metz, devenant négociant lui-aussi (peut-être étaient-ils associés ?) .Propriétaire à Rozerieulles, il est mort quelques mois après son frère la même année 1867. La plaque mentionne son épouse : Cécile Magnin, morte à 38 ans en 1842. En revanche l’épouse de Barthelemy est enterrée comme nous l’avons mentionné à Volkrange.

La tombe rassemble les restes d’autres membres de la famille comme l’indiquent les plaques placées sur les autres côtés du monument. D’abord les ascendants   : Barthelemy Bompard (1850-1834) et Nicole Billet ( morte en 1822) qui sont les parents du maire. Marie Anne Hudry (1777-1854), veuve de M.C Magnin , est sans doute la belle-mère de Ives Louis Victor qui a épousé Cecile Magnin alors que Joseph Savouret (1764-1847) et sa veuve Madeleine Rollin (1773-1853) sont les beaux-parents du maire. On trouve aussi la sœur ainée du maire :  Claudette Elisabeth Victoire Bompard (1780-1860), et son mari Antoine Victor Lemoine (1780-1820) avec leur fille   Marie-Françoise Lemoine, morte à 11 ans en 1820, indiquée comme petite-fille de Barthelemy Bompard, ce qui désigne en fait ici le père du maire de Metz. La tombe de la famille Bompard semble beaucoup plus récente que les tombes en pierre qui l’entourent, sans doute a-t-elle été rénovée.

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A côté se trouve une tombe très différente en forme de clocher néogothique en calcaire. On y trouve les  plaques  à la mémoire d’Auguste Joseph Victor Bompard, le fils du maire, plus connu sous la dénomination de Victor-Louis, né à Metz en 1822 , mort à Metz en 1866, et de son épouse    Marie Sextile Curé (1832-1890), née à Metz, morte à Paris. On y trouve aussi les plaques à la mémoire  de 2 de leurs fils :   Albert Barthelemy  Bompard et Octave Bompard. Victor-Louis (1818-1866), avocat, receveur d’enregistrement, directeur du crédit foncier au 36 rue saint marcel13 de 1852 à 1856 (banque transférée ensuite rue du Haut Poirier), administrateur du bureau de bienfaisance et des hospices civils , juge au tribunal de commerce comme son père  a donné naissance à  4 fils :  Albert Barthelemy (1852-1871) mort prématurément le 21 février 1871 à Metz, à l’âge de 19 ans dont une plaque rappelle la mémoire ,Maurice (1855-1935) , Octave (1859-1913) et Jules (1863-1944). En 1872 la famille a opté pour la France,  rejoignant Nancy puis Paris, tout en continuant à fréquenter le château de Volkrange dont Octave puis Jules finiront par hériter. Octave, polytechnicien mort en 1913 à Paris est enterré dans cette tombe de Metz comme sa mère morte en 1890 également à Paris. Ce n’est pas le cas de Jules Bompard, administrateur de sociétés, polytechnicien comme son frère Octave,  qui est à l’origine d’une nombreuse descendance actuellement. Maurice (1854-1935), le fils ainé de Victor Louis, fera une belle carrière diplomatique avec les postes d’ambassadeur à Saint Petersbourg de  1902 à 1907 au moment  de l’alliance franco-russe puis de Constantinople.  Son action sera cependant critiquée et il se retirera en 1917. En 1918, il se réinstalle dans la région messine achetant à Noveant le vieux château dans un parc de 2 ha, qui va prendre le nom de château-Bompard. Il est élu sénateur de la Moselle de 1920 à 1933. Il lèguera le château à une fondation pour le transformer en maison de retraite pour les prêtres âgés qui se transformera en centre d’accueil pour les infirmes et handicapés. Il est sans doute enterré dans le Midi, à Grasse où il s’était retiré en 1932.

A proximité une dalle de marbre gravée, qui semble là aussi beaucoup plus récente ?, ornée d’une croix,   évoque la mémoire de Victoire Leonie Bompard (1829-1871)  , fille de Ives Louis Victor, donc nièce du maire de Metz qui a épousé un personnage important de la vie messine sous l’annexion : Charles Abel (1824-1895)15,né à Thionville où son père était négociant et adjoint au maire16 , docteur en droit , installé comme avocat à Metz en 1847,résidant au 18 en Nexirue  . L’inscription mentionne leurs 2 enfants : Marie-Caroline Pauline Abel (1857-1923) et Frederic Urbain Abel (1869-1913), chef de bataillon d’infanterie coloniale, donc passé du côté français de la frontière comme les fils de Victor Louis Bompard.   Les liens semblent avoir été très étroits entre les 2 familles qui occupent une position dans la société assez voisine. Le père de Charles Abel, négociant était surement en relation avec Barthelemy Bompard. Peut-être Charles Abel, élève au lycée de garçons de Metz y avait-il côtoyé Victor Louis, de 2 ans son ainé qui avait ensuite  fait des études de droit à Paris comme lui.  On se plait aussi à imaginer que des visites au domaine de la famille Abel Guentrange près de Thionville ont pu inciter Barthelemy Bompard à acheter le château de Volkrange.

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La tombe de Charles Abel

Charles Abel reste en Lorraine annexée, bien que son fils soit devenu officier dans l’armée française. Il occupe une place non négligeable dans la vie politique et intellectuelle: membre du conseil municipal de Metz depuis 1871, membre et président de l’Academie nationale de Metz en 1875-76, président de la société d’histoire et d’archéologie de la Moselle, député protestataire de Thionville –Boulay au Reichstag en 1873-1877, membre de la délégation provinciale d’Alsace-Lorraine où il défend les intérêts des viticulteurs mosellans17. Comme Maurice Bompard, dont on a donné  le nom à une rue près de l’église sainte Thérèse, Charles Abel possède à Metz une rue à son nom, près du  cimetière de l’est18.

Une autre branche de la famille Bompard s’est illustrée dans la vie politique et économique  lorraine. Hector Bompard (1794-1862) était venu rejoindre à Chatenay son oncle Barthelemy. Il avait fait un brillant mariage avec Claire Henry, la fille d’un fabricant de textile dont il avait repris les affaires à Bar le duc. Son fils : Henri Bompard (1821-1926), cousin du maire de Metz,  sera maire de Bar le duc (1870-1874), député puis sénateur de la Meuse, président du conseil général de la Meuse.

Capture nouveau

 

 

         Notes

1  comme souvent dans les siècles passés on retrouve le même prénom de génération en génération.

2  le patronyme Bompard est très répandu en Provence et Languedoc-Roussillon.

3  le baron Jean André Sers (1786-1862), fils d’un armateur de Bordeaux  a laissé des mémoires publiées en 1906 à Paris par un de ses héritiers : Souvenirs d’un préfet de la monarchie (1786-1862), numérisé sur www.archives.org . Curieusement, il ne mentionne presque jamais le maire Bompard qu‘il ne semble guère apprécier et qui habitait la même rue (Bompard au 10 rue des Clercs, Sers au 11). Il est enterré dans le carré historique du cimetière de l’Est, bien qu’il ait quitté la ville en 1839 pour le poste envié de préfet de la Gironde (1839-1848) et soit mort à Paris. Ses 2 fils ont été préfets et l’un d’eux a acheté le domaine d’Urville à Courcelles-Chaussy en 1849. Son épouse   morte en 1871 ne repose pas avec lui.

4  Le 10 rue des Clercs n’existe plus. Il devait correspondre à la trouée créée par la rue Marguerite Puhl-Demange ?  à moins que la numérotation n’ait été modifiée.

5  Les conseillers généraux du département qui étaient nommés par l’autorité administrative depuis 1800 sont de nouveaux élus à la suite du vote de la loi de 1833 mais par un petit nombre d’électeurs censitaires.

6  Le baron Sers écrit « Dans le conseil municipal de Metz, le parti du mouvement n’avait pas obtenu la majorité mais il s’en rapprochait beaucoup … Les séances étaient continument  orageuses et les comptes-rendus du Courrier de la Moselle attaquaient  sans cesse les membres de la majorité, les tournant en ridicule. Les choses en étaient à ce point que les femmes ne voulaient plus que leurs maris siégeassent. »

7  Rappelons que le suffrage censitaire ne concerne qu’une poignée de notables. En l’occurrence Bompard est élu député par 103 voix sur 205 !

8  Woiraye, un des chefs de l’opposition républicaine à Metz depuis 1830 prend à partie Bompard lors du conseil municipal du 1er octobre 1838 en l’accusant d’être à l’origine des «  accusations fausses et calomnieuses » contre les officiers de la garde nationale qui ont servi de prétexte à sa dissolution. Cette affaire va devenir le cheval de bataille de l’opposition et c’est sa reprise par Billaudel, un autre chef des républicains au conseil municipal du 16 mars 1839 qui entrainera la nouvelle démission du maire.

9  Le roi Louis Philippe lors de sa visite à Metz le 24 septembre 1838 déclare « je ne connais pas de ville de France où l’on ait tant et aussi bien fait qu’à Metz pour l’instruction publique. » cité par R. Bour dans son Histoire de Metz.

10  l’opposition républicaine mène une vigoureuse bataille contre lui, le soupçonnant de vouloir revenir à la mairie. Le Courrier de l’est se distingue par ses articles quelque peu venimeux : «  On se rappelle avec effroi que l’administration municipale de M. Bompard –sans doute malgré d’excellentes intentions- n’a été marquée    que par des fautes graves : les affaires du blé, du théâtre, de l’alignement, les 2 dissolutions du conseil, les 2 dissolutions de la garde nationale. »(26 mars 1842) « Il est de ces hommes qui compromettraient et perdraient par une ardeur trop peu contenue les causes les plus fortes » (2 avril 1842)

11  son vieil adversaire Emile Bouchotte lui rend à cette occasion un hommage bien tardif et quelque peu hypocrite dans une lettre au Courrier de la Moselle : « il fut sous le règne de Louis-Philippe notre adversaire politique… il s’est toujours distingué entre les siens par le courage avec lequel il soutenait ses opinions. Aujourd’hui que l’apaisement semble se faire dans les pouvoirs politiques, et que le temps de juger plus sereinement les choses est venu, il convient de rendre hommage à un beau caractère et de saluer avec respect la mémoire d’un homme que nous avons appris à estimer. » Le journaliste F. Blanc ajoute « La révolution de 1830… avait jeté M.Bompard dans l’arène politique. Les circonstances étaient difficiles : elles lui suscitèrent de constants adversaires  soit comme maire de Metz soit comme député de la Moselle. Mais en combattant en lui le représentant d’un parti contraire , aucun d’eux… n’oublia jamais l’estime due à l’honnête et excellent homme, au citoyen convaincu et au magistrat dévoué ».

12 cela ne l’empêcha pas de participer au complot qui aboutit à l’assassinat de Wallenstein dont les ambitions démesurées apparaissaient comme un danger pour l’empereur.

13 il s’agit d’un hôtel du  XVIIIe siècle maintenant occupé par la MJC

14  Barbé dans son livre A travers le vieux Metz cite longuement p 109/110  une lettre que lui a adressée Maurice Bompard évoquant sa famille et son départ en septembre 1872 ainsi que les vacances en famille à Volkrange. 

15 Charles Abel a fait l’objet d’un article très long de Nicolas Box dans les Mémoires de l’Academie nationale de Metz 1896-97 consultable sur le site  Gallica.

16 La famille était installée dans la région de Thionville depuis le XVIIe siècle.

17 lui-même possédait des vignes à haute Guénange, lieu de son décès. Son père y avait racheté en 1832 un vaste domaine qui avait appartenu aux Clarisses de Luxembourg avant d’être vendu comme bien national. Charles Abel sera très attaché à ce domaine, dénommé Cahoty  qu’il s’emploiera à agrandir et où il fera construire en 1866 une seconde habitation.

18 Charles Abel a aussi une rue à son nom à Thionville. En revanche Barthelemy Bompard n’a pas eu cet honneur posthume.

Bibliographie sommaire

Dictionnaire des parlementaires français (1789-1899 ), Ed Bourloton 1889-1891 . Accessible sur le site de l’Assemblée nationale

  http :// www.assembleenationale.fr/histoire/biographies

Henri Contamine : Metz et la Moselle de 1815 à 1870.  Publié dans les Annales de l’Académie nationale de Metz 1931. Consultable sur le site de l’Académie nationale de Metz.

Thibaut de la Corbière : les maires de Metz.  Ed. Serpenoise. 1995

Henri Contamine : Metz et la Moselle de 1815 à 1870.  Publié dans les Annales de l’Académie nationale de Metz 1931. Consultable sur le site de l’Académie nationale de Metz.

Jean Julien Barbé : Les municipalités de Metz (1789-1922). Ed. Le Messin 1922

Jean Julien Barbé : A travers le vieux  Metz. 1930

André Jeanmaire : Le vieux Metz : Le quartier saint Vincent.  Cooperative d’édition et d’impression. 1976

Le site de Philippe Maire  sur geneanet.org est extrêmement intéressant pour reconstituer les liens familiaux de Barthelemy Bompard et ses descendants.

Le site gv. geneanet .org/pierfit  fournit des informations précieuses sur les familles de Pouilly et du Mesnil, de Nonancourt qui ont possédé le château de Volkrange.

Le site Chateaudevolkrange.com

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